"Ta lam ta lam ta la la lam... Sur la route... ta lam ta la la lam... Sur la route..." Vous m'avez compris, Jean-Louis Aubert et Raphaël.
WINTER BREAK PART 3
Californie, du 27 décembre 2008 au 6 janvier 2009
7:10 p.m., welcome in Los Angeles. Il est trois heures de moins qu'en Ohio, mais quelques degrés non négligeables de plus. Et moi, en traînant ma petite valise légère qui voyage toujours aussi
bien, je suis en pleine forme.
Mission number one : trouver la navette, qui est en fait un co-voiturage douteux de vans rouge ou bleus, au
choix. Ca m'a quasiment pris une heure pour aller attendre au bon endroit, et encore, c'est grâce à Tiphaine - arrivée la veille - que j'ai appelé pour info. Il y a avec moi, dans la
navette, un Anglais consultant en sciences-politiques, jeune, brillant et jean troué qui se rend à un mariage d'amis. Un couple de petits vieux qui rentre d'un séjour à Londres.
Une nana hispanique. Et un conducteur serbe.
On dépose la nana dans une des résidences les plus sécurisées qui soient, avec gardien, grillages, et dos d'ânes à en abîmer les trucks alabamiens. Ca fait bien marrer le conducteur serbe
d'être en territoire si riche d'ailleurs. Moi, moins, parce que j'avais alors vraiment mal au coeur.
Cette aventure en territoire inconnu a même rendu le conducteur bavard : il commence à parler soccer (notre football) avec l'anglais. Et puis l'anglais et moi on a parlé journalisme. Il
m'a filé sa carte, avec l'adresse mail de son pote qui va entrer à la BBC. Nous allions au même endroit, à savoir, Santa Monica. Après avoir déposé les petits vieux, notre conducteur nous a
donc amenés jusqu'à la Santa Monica's 2nd Street. Vu qu'il ne voulait pas une amende des flics pour arrêt interdit en contre-sens, il a demandé à l'anglais si ça ne le dérangeait pas de ne pas
être déposé exactement devant son hôtel mais de devoir lui-même traverser la rue. Oui car nous logerions dans la même rue avec l'Anglais, mais moi à l'auberge de jeunesse, et lui dans
l'hôtel en face, standing tout de même plus chic.
Me voici donc à Santa Monica, quartier balnéaire de Los Angeles. L'auberge de jeunesse est colorée, propre et en bon état. Grâce à Tiphaine, qui a demandé un peu plus tôt dans la
matinée, nous sommes dans la même chambre, un dortoir de seulement quatre personnes: elle, moi, dans les lits du haut; une designeuse new yorkaise et une japonaise, respectivement la trentaine et
la quarantaine passées, dans les lits du bas.
Tiphaine était étudiante à Tours, en psychologie. Elle était aussi la coloc' et meilleure amie d'une nana en journalisme avec qui, bon, euh, nous dirons que nous n'avions pas beaucoup
d'affinités. Cette année, Tiphaine étudie en Ohio. Je la connaissais comme spontanée et fofolle mais c'est tout. De manière totalement inattendue, on s'est entendues au-delà de toute
espérance possible et avons vraiment eu une complicité et une proximité très agréable tout le séjour. C'était génial. Nos conversations et fous rires me manquent ! J'avais eu un bon pressentiment
le jour où Charlène est partie: j'étais alors dans la voiture avec Rebecca, nous revenions de notre tour des maisons de Noel toutes moches, j'essayais de ne pas montrer ma dépression
post-départ Charlène-face aux ploucs, et Tiphaine a appelé pour avoir confirmation de l'auberge de jeunesse choisie. C'était la première fois que nous nous avions au téléphone et je ne sais
pas, sa voix a eu un effet apaisant: les vacances approchaient, on se verrait, cool!
Donc premier soir, elle me retrouve à l'auberge et m'emmène dîner sur la 3rd Street Promenade, passage piéton de boutiques, restos, spectacles de rues, en bref le coeur de Santa Monica. Comme son
nom l'indique, c'est la rue parallèle à la nôtre, pratique. Les Juifs fêtaient Hanouka dans la rue, et autant vous dire que c'était digne de Rabbi Jacob.
Ensuite, nous nous sommes rendus sur Hollywood Boulevard. LA fameuse rue avec les étoiles par terre, les empreintes des stars au Kodak Museum, les grandes enseignes, les
lumières, les boutiques. Cela m'a fait penser à Times Square en moche. Je n'ai pas aimé l'atmosphère touristique-popu, bof quoi. Certes, on n'a pas du y passer assez de temps et vraiment visiter
les lieux, entrer dans le théâtre... mais vraiment je n'ai pas aimé.
Sur le retour, nous avons guetté le signe "HOLLYWOOD". C'est simple, comment se sentir vraiment à Hollywood/Los Angeles SANS apercevoir la chose ? Je doutais qu'il fut éclairé la nuit,
et nous n'avions que le guide de Damien (truc global sur les USA) pour nous guider... Et vu la non-efficacité de Damien pour se servir des infos de son bouquin, autant dire que nous avions
du mal... Et d'ailleurs même si j'ai conscienscieusement "regardé à droite là où on devrait l'apercevoir à un moment, par là" dixit le Damien, je n'ai rien vu. Nous avons donc remis la chasse au
signe mythique à une heure postérieure, et diurne cette fois-là.
Nous sommes rentrés avec les bouchons et quelques hésitations vers 20 heures, et avons dîné une soupe à l'auberge. Nous nous sommes rendus compte que la salade acheté le matin même et les
champignons avaient été ouverts et quelqu'un s'était servi (vive la vie en communauté dans les les auberges de jeunesse). Mais la soupe était bonne. Vers 22 heures, nous nous sommes décidés, de
manière peu convaincue cependant, à sortir.
Nous avons fini dans un bar/resto mexicain. C'était Happy hours, un acheté = un offert. Quand on s'était installé, et que la serveuse avait checké les ID, j'avais prévenu : je ne prends rien,
promis.
Sur ce a débarqué Casey. Casey, c'est l'agent du "front desk" (accueil) de l'auberge. Il était avec une de ses amies, Erin, visiblement bourrée. Elle nous a répété au moins 8 fois dans la soirée
que son grand-père était français, d'où son patronyme français (dont je ne me souviens guère cependant). Nous nous sommes installés sur une table plus grande et avons donc passé la soirée avec
Casey, Erin, puis Paul, le second agent du front desk, qui nous a rejoint ensuite.
Il nous a expliqué qu'il avait "overbooked" l'auberge ce soir-là: quelqu'un dormait sur les sièges de la salle télé.
Casey m'a nonchalemment filé la Margharita qu'il avait eu "offerte" pour les Happy hours. Et la serveuse ne s'en est pas formalisée. Paul a ensuite offert une tournée de shots de tequila, et
cette fois-là, la serveuse m'a carrément compté dans les buveurs. Paye ta règlementation tout de même... c'est là qu'on voit que ce n'est pas l'Alabama, où le videur m'aurait déjà sorti du lieu
s'il m'avait aperçu goûté au verre de quelqu'un.
Les mecs du front desk étaient marrants, un peu trop moqueurs (ce qui agaçait Tiphaine, fatiguée) mais on a plutôt passé une bonne soirée. Ils nous ont notamment raconté comment un asiatique
était venu au desk réclamer de quoi se laver les cheveux. Casey, sérieusement, a sorti un "Carpet cleaner" (un nettoyant moquette/tapis) et lui a dit: "J'utilise ça". L'asiatique, sceptique,
regarde la bouteille et dit "non, cela ne semble pas très bien. Vous êtes sûr?" Casey insiste. Se tourne vers Paul, qui très sérieusement, répond "Si, si, j'utilise ça tous les jours moi aussi".
Et l'asiatique est parti avec le Carpet Cleaner. L'histoire ne dit pas s'il est revenu chauve le lendemain et j'avoue avoir oublié de m'en inquiéter les jours suivants.
Quand nous sommes rentrés, Paul et Casey, complètement surexcités, ont décidé de rendre fou le gars de veille de nuit au desk. Ils appelaient l'accueil depuis leurs portables, dehors, sans
discontinuer, jusqu'à ce que le veilleur revienne de sa tournée, réponde et soit obligé de rester calme, poli et ferme devant les élucubrations des deux zozos dehors (au cas où ce soit un test du
boss, interdiction de s'énerver). Après plusieurs coups de fil, les deux autres ont arrêté l'épreuve et sont sortis de leur cachette. Il était près de 1h30 du mat', ils ont sortis un ballon,
et transformé l'accueil en terrain de foot, et Damien et moi étions les spectateurs de ce joyeux foutoir (Tiphaine, à bout de nerfs, était montée se coucher). Surexcités on vous dit.
ROAD TO SAN DIEGO
Le mardi, petite matinée comme à l'accoutumée, avec petit-déj dans la salle commune, préparation dans la salle de bains. Après plusieurs jours, on commence à connaître les visages, les horaires
de quelques-uns... je m'y sentais drôlement bien dans cette auberge moi. Nous avons préparé les piques-niques avec ce qu'il restait de nos provisions (c'est-à-dire plus de salade, finie volée,
par exemple). Puis avons attendu Damien, pour changer. J'ai eu le temps d'aller faire un tour à la plage...
Départ pour le sud de la Californie, San Diego, tout près de la frontière. Il y a des bouchons, le trajet est long. Mais la route est magnifique, on longe la côte ou des plateaux sauvages. Il
fait plutôt chaud. Je vus ai déjà dit que j'adore l'ambiance road trip?
Après deux heures de route, nous décidons d'une pause pique-nique à Dana Point, un charmant petit port balnéaire, où nous mangeons nos pauvres sandwich très bio... et une glace ! Oui, quoi de
plus normal un 30 décembre ?
New Year's Eve - Bye Bye 2008
Dernier jour de l'année... En ce mercredi, Tiphaine et moi débutons notre journée par une balade à Venice Beach. C'est là que le skate est né, comme le raconte le film Les Seigneurs de Dogtown,
super film d'ailleurs, qui se déroule donc à Venice Beach. Il y a des grands graffs sur les façades et l'ambiance se veut surf & art si on peut dire, en bord de plage. Et une partie
résidentielle du coin est construite autour d'un canal, d'où le nom du quartier.
Venice Beach est ma partie préférée de Los Angeles.
Nous ne rejoignons Damien que pour déjeuner, sur la 3rd St. Promenade, que nous connaissons donc par coeur. J'ai testé là mon premier Subway, mais franchement, rien de très narratif dans cet
élément, je passe.
On a ensuite traîné dans la rue (hum! le bon muffin en dessert) devant les spectacles de rue. Il y en a un, c'est un père habillé et coiffé en claude françois, qui fait de la gymnastique. Avec
son fils, son double en plus jeune. Tiphaine et moi restons persuadées que le père est un pervers mais Farid - surnommé "Prince Farid" - le danseur français de l'autre spectacle de rue, nous
assure que non, il est cool, il est russe. On a patienté au moins une heure devant le spectacle de ce dernier et ses potes: c'est marrant et absurde, ça danse bien... Mais moi je n'en pouvais
plus de rester à Santa Monica et sa promenade donc Damien a même réussi à m'énerver. C'était la deuxième fois de la journée, après qu'on ait du l'attendre et être a sa disposition pour le
déjeuner, parce qu'il est incapable de donner une information claire et précise en une fois, il manque toujours des indications ("Damien! Les 5W dans tes coups de fil, stp!!! C'est tout
de même pas compliqué!!). Ce dernier fait a même été rapporté par Tiphaine à Martin le soir même ; regard impressionné de ce dernier, qui a dit "ah oui, t'as du vraiment faire fort parce que pour
la mettre en colère, c'est pas évident". Donc après le déjeuner, il y a eu l'attente trop longue devant le spectacle de rue, puis après le spectacle de rue, et tout ça pour des histoires
dont je tairais les ramifications.
Enfin - ô joie ô soulagement - nous partons en mission: trouver le signe du HOLLYWOOD, de jour cette fois. Grâce au talent de conductrice de Tiphaine, nous l'avons distingué, et approché. Le tout
en se baladant dans les quartiers vraiment chics de la colline.
L'an prochain, quand on me demandera: "tu as fait quoi l'année dernière pour le Nouvel An?" et que je pourrais répondre "Euh attends voir, je me souviens avoir vu le coucher de soleil sous le
signe Hollywood", ce sera un peu la classe tout de même. Et OUI je me la pète, là.
Ensuite, nous sommes rentrés à l'auberge nous préparer pour le Réveillon. Nous n'avions eu aucun plan de génie. Moi, je serais bien juste allée dans les cinémas, mais ok ok, faut tout de même
marquer le coup. Et finalement le matin, contre absolument toute attente, Martin avait appelé Damien pour nous convier à dîner chez lui, dans l'appart' qu'il avait récupéré, avec Julie et son
meilleur pote, Maxime, que j'avais déjà rencontré l'année dernière. Jamais je n'aurais parié la-dessus.
Nous avons eu un apéritif délicieux et un dîner sympathique. Cette fois-là, tout le monde s'entendait très bien, "les conversations allaient bons-trains" comme il serait écrit dans les vrais
romans, et c'était très sympa. Nous avons décidé de bouger dans un bar de West Hollywood, le quartier gay.
Finalement, pas possible d'entrer dans le premier bar, les ID sont systématiquement checkées et Julie a oublié la sienne. Toujours en voiture -- Tiphaine et moi dans la Kia, les autres dans la
Mustang : de quoi se sentir légèrement laissés-pour-compte tendance paria mais on ne s'étendra pas sur ce sujet douloureux -- les klaxons se mettent à klaxonner. Mais pourquoi je demande ? Oh il
est minuit, bonne année ! ... enfin en ayant reçu des messages depuis 16h de l'après-midi et le minuit français, de toute façon on est un peu décalées.
On a fini par aller dans un bar de travelos qui semblait terminer sa soirée... M'enfin c'était marrant d'être les seuls sur la piste de danse (ma première boîte de nuit depuis que je suis là,
étant donné que je ne peux pas y entrer ici!), comme aux meilleures heures des 3-0 de Tours... Julie ne dansant pour ainsi dire que très peu, et Maxime rendant Martin tellement comme le Martin du
Trioc, y'avait vraiment une ambiance tourangelle sur la piste. [désolée pour ce passage forcément nébuleux pour les non-initiés aux mentalités iutiennes]
Nous ne sommes pas restés des heures vu que l'endroit fermait. Nous avons donc décidé d'aller boire notre dernière bouteille de champagne sur la plage. On reprend les voitures, on gare la nôtre
au parking, je laisse Tiphaine et Damien le temps de passer aux toilettes de l'auberge. Quand je ressors, personne. Je me dirige vers la plage, personne. J'appelle Damien deux fois, pas de
réponse. J'appelle Tiphaine, rien non plus. Bon, j'avance encore un peu, évitant les passants titubants sortant des bars alentours. J'appelle Martin, qui, voix grave et "oui oui on est tous là"
m'indique où les retrouver.
De loin je les repère enfin et vois Tiphaine en pleurs. Mon cerveau fait les connections bien vite... Elle confirme : elle vient d'avoir ses parents au téléphone, sa grand-mère, malade d'un cancer généralisé, est décédée. Fin de soirée. Les deux petits groupes partent chacun de leur côté.
[Pour ceux que cela intéresserait tout de même de savoir ce qu'est devenu la bouteille de champagne, et bien Damien semble l'avoir oubliée à la cuisine dans la nuit, alors qu'il était, lui,
ressorti traîner dehors tout seul. Il n'en a cependant aucun souvenir, mais la cuisine est le dernier endroit où Tiphaine et moi avons vu ladite bouteille.]
Aux premières heures américaines de 2009, nous nous sommes levées vers 8 heures... Nous avons paqueté nos valises et petit-déjeuné. Nous avons laissé bien en évidence sur la table de la
cuisine le reste de la sauce tomate et une demi-tomate, nous avons apposé une étiquette: "Pour le voleur à qui nous avons déjà donné la salade et les champignons". Et ce fut, vers 11 heures, le
départ pour notre road-trip avec une Tiphaine aux larmes à peine séchées, mais avec la certitude de ne rien pouvoir faire de loin, et encore moins - vu le prix des billets - rentrer pour les
obsèques.
Nous nous arrêtons d'abord à Malibu, pas loin. La balade du matin est agréable... Il y a des pélicans, des français et des pêcheurs.
Ensuite, on the road again... Ce soir, nous serons à San Francisco.
Freeway 101.
Pendant un long moment, on longe les plages. Le Pacifique déroule son étendue bleue, on distingue, brumeuses au loin, des stations de forage. De l'autre côté, des jolies maisons s'accrochent sur
les collines, puis ce sont seulement des champs.
Première étape : Santa Barbara. Joli petite ville touristique aux couleurs chatoyantes, architecture d'inspiration mexicaine ; étrangement pourtant, cela manque de l'âme. On dirait
beaucoup trop un petit paradis pour vieux à l'âge de la retraite. Enfin pour notre pause-déjeuner, c'était carrément le rêve.
Puis de nouveau la route ; on longe la côte, on traverse les montagnes. Nous faisons une étape sur une des rares aires d'autoroute ("rest area"). On sent q
u'autrefois, pas de
pitié pour les pierres, un coup de dynamite a envoyé valsé tout ça... un peu de goudron, et voilà comment on trace des routes. Bienvenue sur la Freeway 101.
Lors d'un arrêt dans une station essence (nous faisons le plein pour 20 dollars ici), échange des rôles : Damien s'essaie à la conduite. J'avoue avoir dû être extrêmement pénible mais alors, je
n'étais pas du tout rassurée de le voir aux manettes de la Kia, automatique comme il se doit aux USA. Peu rassuré, il parlait tout le temps et moi, calée à l'arrière, j'essayais de taire mes
"moins vite ", "ouh la" et autres respirations de frayeur. Mais si j'écris c'est que je suis en vie, donc au final, ou plutôt, au supermarket Target d'une ville quelconque, nous nous sommes
arrêtés en vie, et avons ré-échangés les rôles, après avoir fait un ravitaillement en café, snacks et produit lentilles travel size (hé oui, toujours ce souci d'une taille acceptable pour
passer dans l'avion).
Nous sommes arrivés à San Francisco vers 22h. Nous trouvons l'auberge de jeunesse réservée dans la journée assez facilement, grande maison de ville dans un quartier vraiment malfamé, mais proche
de tout. Il n'empêche que je ne suis alors pas hyper rassurée de laisser la voiture là.
Enfin l'auberge a l'air pas mal. Les lieux sont très jolis, notamment l'adorable salle à manger aux meubles brun foncés, dans un style très victorien. L'agent du front desk ressemble à
Johnny Depp. On a une chambre de quatre pour seulement tous les trois, et avec notre propre salle de bains. Choper des verrues devient tout de suite une inquiétude moins problématique. Alors
certes, il fait un peu plus froid, et on manque de prises de courant. Et il n'y a pas de machines à laver. Mais ce serait tout de même faire les difficiles.
Et au premier dîner, tandis que Damien ressort aux alentours chercher de la pizza, nous nous préparons une soupe avec Tiphaine, que nous améliorons des bretzels qu'elle a achetés au Target ; en
dessert, ce sera les dattes séchées du marché de Los Angeles.
SAN FRANCISCO'S VERTIGO
*Premier matin*
Notre journée, à Tiphaine et moi, a commencé bien tôt. Parce que dès 6 heures du matin, il fallait virer la voiture de son trottoir, et la mettre, pour le reste du séjour, dans un parking privé,
à deux pas de l'auberge (parking que pourtant Damien, plus myope que moi il faut croire, ne trouvera pas malgré toutes nos indications lorsqu'il aura le soir même la tache de s'y rendre pour
payer le monsieur qui s'en occupe.) Après avoir déplacé la voiture, nous étions donc bien réveillées. Ne laissant pas la motivation retomber, nous nous sommes préparées et sommes descendues au
petit-déj' dès 7h30. Et là, mama mia, des VRAIS bagels américains comme je les aime ; au cranberries, au pavot, au sésame, excellentissime, avec du beurre et de la confiture. Un délice.
Peu après 8h, nous sommes dehors... sous la pluie. Douche froide sur la motivation, si l'on peut dire. Mais pourtant, nous nous baladons grandement, Market St, Chinatown, Jackson Square où une
pause au Starbucks pour tenter de se réchauffer et de se sécher s'avère indispensable.
Puis nous arrivons à l'embarcadère noyé dans le brouillard le plus opaque. Nous sommes alors au Golden Gate Market. Il y a bien un pont là aussi mais peu impressionnant et à moitié disparu
dans le brouillard. Grande moment de circonspection : "C'est pas LE pont de San Francisco quand même ?" "Il est censé être rouge!" "Il est pas plus grand ?" À l'abri de la grande halle du port,
et entre deux tests de petits morceaux de pain trempés dans l'huile d'olive, nous interrogeons les cartes: ouf non, le pont que l'on a vu n'est pas LE pont de San Francisco.
Rassurées nous repartons sur Market St. et dans le quartier des buildings. Il pleut toujours, je suis trempée, ma veste et mes gants idem. Nous rejoignons Damien à l'office de tourisme
et on par faire une balade dans d'autres quartiers, un peu au sud. Il ne pleut plus. On remonte sur Union Square, l'endroit où peut se prendre le célèbre "Cable car" (sorte de tram) qui
monte la colline de San Francisco. On pousse jusqu'à une grande place puis nous allons déjeuner au Macy's, histoire d'être au chaud. Je teste la soupe dans un "bread bowl". Le concept est
simple, suffit de traduire : la soupe est servie dans un bol de pain. Une fois la soupe mangée, il reste du pain ramolli au goût de la soupe : excellent.
Après ça, nous avons pris un bus. Ce fut folklorique : nous étions très nombreux dans l'antique machine de bois. La chauffeuse était une Noir-américaine truculente qui, clairement, s'en fichait
de nous voir payer ou pas (du coup, on a fait le trajet gratuit) et gueulait pour filer les indications.
Elle est ainsi descendue à un arrêt et à dit aux gens qui auraient bien aimé monté : "Je suis complet, je ne peux pas vous prendre. Si vous restez là à attendre, vous en avez pour la
journée. Traversez la rue et allez plutôt prendre tel numéro qui vous arrêtera au même endroit."
Elle remonte, on repart le long des quais, elle nous criant toujours comment se servir de bouton "arrêt demandé" ou nous demandant si il y avait de la place dans le bus. Puis à l'arrêt suivant:
"if you want to go to Pier number je-sais-plus, get away now!" Littéralement, ça se traduit par "foutez le camp maintenant!". Folklorique donc.
Pour nous ce fut Pier 39 et sa jolie vue sur le Golden Gate Bridge, le vrai cette fois-ci, grand et rouge, et la prison d'Alcatraz. Le temps s'était levé, il faisait froid mais beau.
Saisissant l'occasion, nous avons marché en nous rapprochant du pont : les quais, le parc de Fort Mason... Nous avons pris un deuxième bus, bien plus moderne mais tout aussi gratuit (en
vrai fallait sûrement payer mais on ne l'a pas fait) pour nous rendre jusqu'au Golden Gate Bridge.
Marcher sur ce pont restera comme une des images les pus fortes de ma vie. De là-haut, au milieu du Pacifique, c'est un peu comme de contempler l'infini. Merveilleux, tourbillonnant,
envoûtant. On était le 2 janvier 2009, j'ai 20 ans, et je voyais le Soleil se coucher. Cela m'a soufflé...
... et rendue silencieuse pendant un bon moment. On pense beaucoup, dans ces moments-là.
Pour rentrer, re-Bus, puis un autre Bus, puis on laisse Damien regarder un match de football américain dans un bar (tiens l'Alabama jouait), nous, nous allons nous poser un peu à l'auberge, la
journée a été longue. Quand Damien revient, Tiphaine lui fait part de son envie de "manger comme une grosse". Pour simplifier : allons chercher des parts de pizzas à emporter, comme lui
la veille. Ca me va, ce n'est pas loin à pied dans ce quartier malfamé... Et les tenanciers sont maghrébins et tout contents de nous parler en français.
*Deuxième matin*
Prête avant Tiphaine et ne voulant surtout pas réveiller Damien (cela nous allait bien de visiter toutes les deux et que Damien, toujours plombé pour un rien, ne nous rejoigne avec son air sombre
que plus tard), je descends dans la salle des petits-déj' m'installer. Là, j'entends LA musique. Une chanson qui me revient ponctuellement en tête depuis un an et
que
pourtant, je n'ai dû entendre que trois fois. Une chanson qui m'obsédait car je n'avais jamais retrouvé le nom de son auteur, ou du titre, et que personne des gens à
qui je la fredonnais ne connaissait. Il y a quelques mois, déjà aux USA, je me suis même enregistrée sur mon portable en train de la fredonner pour être sûre de ne pas l'oublier. Et là, quand San
Francisco se lève, elle passe. Incroyable.
J'ai
posé bagels et café et suis allée trouver la responsable des petits-déj' pour lui expliquer combien je voulais trouver l'artiste. Elle m'a fait passer derrière le comptoir, j'ai pu regardé la
playlist sur l'ordinateur et elle m'a noté le nom sur un bout de papier. Voilà une journée qui commençait bien.
Dès
9 heures, Tiphaine et moi étions dehors à arpenter les rues de la ville, ensoleillée ce jour-là. Nous sommes d'abord passé par le quartier des bâtiments officiels, pas très loin de chez nous,
puis nous avons particulièrement traîné du côté des quartiers bobos, artistes, à influence très européenne. Nous avons vu les jolies "townhomes", ces jolies maisons de ville au style victorien et
aux façades colorées. On a exploré le quartier
en s’autorisant tous les détours possibles et imaginables qui nous tentaient parce que là un graff, là des jolies couleurs de façade, là des chaussures suspendues
sur un cable électrique. C’était une jolie matinée.
Arrivées à Alamo Square assez tôt, nous avons évité les touristes, on avait la paix… jusqu’à ce que Tiphaine me fasse prendre confiance de cris qu’on entendait au
loin. Des cris de femme, de souffrance, des pleurs… horrible. Mais que faire ? Tiphaine suggère avec pertinence de prévenir la police qui patrouille. C’est ce qu’on a fait… il me semble me
rappeler que les cris se sont arrêtés, mais je ne suis pas sûre. Malheureusement, cet endroit magique et touristisque restera tout de même marqué de l'impression malsaine de ces cris s'échappant
d'une des maisons.
Après Alamo Square, nous avons continué notre périple par un parc aux arbres centenaires. Puis ce fut les rues baba cool au magasin indien caché derrière des
tentures où la première chose que les vendeuses dsient en entrant est "do you want ome tea or cookie?"...
C'est dans ce coin-là que Damien nous a rejoint. Il a fait en à peine plus d'une demi-heure ce que nous avions fait en deux heures... Dommage, car nous n'étions pas spécialement pressées de
retrouver notre grand gamin râleur.
Après avoir encore déambulé, nous avons mangé dans un resto bio -- appelé "Bia's" -- de ce quartier très vintage.
Puis nous avons rejoint, à l'extrêmité Est de la rue, le Golden Gate Park. Encore un magnifique endroit aux hauts arbres enchanteurs. Partout, par contre,
cela sentait l'herbe (à fumer). Et le long des allées, il n'est pas rare que les gens proposent d'en vendre: "No thanks".
Ambiance woodstock, des musiciens tout droit sortis de Hair s'étaient installés et jouaient. Ils prêtaient des maracas à qui voulait. C'était bien sympa. On aurait pu rester là.
On a finalement repris le bus jusqu'à Union Square. Là, nous nous sommes de nouveau séparés: Damien a voulu faire la queue pour prendre le célèbre "cable car" ; Tiphaine et moi étions partisanes
de ne pas perdre du temps dans la queue et de se balader. Nous nous sommes rendues dans le quartier italien, où dans un bistrot presque parisien qui se voulait italien, nous avons eu un vrai
expresso, dans sa petite tasse. Verre d'eau pétillante compris dans le service. Le serveur, jeune, avait adopté un look de dandy avec moustache à la Dali. Nous avons visité la cathédrale en face.
Puis nous avons marché, encore. Nous avons fini par rejoindre la colline (Russian Hill) que remonte le "cable car", une colline VRAIMENT raide, et nous l'avons montée à pied. Des dizaines de
blocs plus tard, nous étions de retour dans notre quartier malfamé où le trafic de drogue se sentait à plein nez, où les zombies hagards, défoncées et saouls, nous croisaient sans, heureusement,
faire attention à nous... Ce n'était pas rassurant, bien sûr, mais comme nous avions analysé avec Tiphaine : pas de peur, l'air indifférent et quelconque, et polie si on est importunée. Cela ne
s'est pas présenté.
Le soir, tandis que Damien avait décidé de ressortir voir le concert des musiciens de Bob Marley, Tiphaine et moi avons opté pour la solution plus économique du petit dîner et soirée tranquille.
Forcément, en ne se levant pas aux mêmes heures, Damien et nous étions décalées niveau fatigue le soir.
Nous avons demandé conseil à un des agents du front desk sur le choix du meilleur resto peu cher à proximité. Nous avons terminé dans un resto thai vraiment abordable au poulet-curry excellent
(Thaï House Express : le nom, pourtant, ne laissait rien augurer d'exceptionnel). Nous sommes rentrées peu avant 21 heures.
Quitter San Francisco... ce n'était pas évident, tant j'ai aimé cette ville. Pourtant, le lendemain, c'était la fin. Comme le premier jour, réveil à 5h40 pour aller changer temporairement la
voiture de place (la sortir du parking et trouver une place dans la rue). Plus désert que la veille au soir, le quartier comptait cependant toujours ses zombies. En voiture, tandis que nous
tournions pour trouver une place, nous avons vu deux mecs en discussion, l'un tenant un flingue. Malfamé, on vous dit.
De retour à l'auberge, nous nous sommes préparées, avons attendu (tiens, surprenant) un Damien avec qui nous avions pourtant convenu de l'heure du départ. Puis nous nous sommes mis en route.
Last days
Première étape, forcée : un coin paumé car nous avons oublié de remettre de l'essence et ho! nous roulons sur la réserve. Or, un dimanche dans un coin paumé de Californie, bonjour la galère. Nous
avons finalement croisé un monsieur à l'arrêt, qui nous a indiqué la plus proche station "tout droit à 5 miles, suivez-moi je vous guide". Plus road-trip comme ambiance, je vois pas.
Notre deuxième pause, pour le déjeuner, fut à Avila Beach, une jolie plage où là encore plus qu'à Santa Barbara, on sent qu'il n'y a que des riches retraités qui ont une habitation secondaire.
J'y ai mangé un muffin "cerises-amandes" qui restera dans le top 5 des meilleurs muffins de ma vie jusque là. Avec un café "commerce équitable" très bon. Ensuite, j'ai été mettre les pieds dans
le Pacifique et goûter l'eau du bout des orteils !
Après ça, Damien voulait conduire: je suis moyen enthousiaste, je sais que Tiphaine c'est pareil ; je lui dis.
"Vous me pétez les couilles tout le temps," soupire-t-il.
-Pardon ? D'où tu dis ça ? On est conciliantes, on râle pas de se lever le matin pour changer la voiture de place quand tu veux dormir plus, on mange dedans parce que tu veux manger à
l'ntérieur... ça va, non ? Je te dis juste que je suis pas rassurée quand tu conduis, maintenant, on fait un essai, encore, sur l'autoroute, mais si ça ne me va pas, on arrête et on
change".
Il a été scotché et n'a plus rien dit. Et a à peu près bien conduit. Il n'y a que sur la fin que je lui demandais de faire gaffe à ses virages et de "à part ça, va plus vite, je crois qu'on est
pas encore assez au-dessus de la limite" (gnagnagna). Je reconnais, je dois être agaçante.
La pause suivante : Ventura, encore une ville de la côte mignonette.
Nous étions "à la maison", à Santa Monica, peu avant 19h. Nous avons changé de chambre, cette fois nous avions un dortoir de huit personnes, avec une espagnole et des italiennes. C'était moins
sympa qu'avec nos deux anciennes. Sur le conseil de Paul, l'agent du front desk, nous avons été dîner des sushis, des bons cette fois. C'était les "happy hours" des sushis, autrement dit, ils
étaient moitié prix, fait appréciable.
Ensuite, l'ambiance était un peu tendue : Damien et Tiphaine à cran, l'une car fatiguée des énergies plombantes de Damien, l'autre parce qu'il a égaré sa sacoche à Avila Beach, avec un papier
important pour son passeport. (Presque c'était de ma faute parce que je lui avais dit de ne pas laisser sa sacoche visible de l'extérieur de la voiture et que donc il l'avait prise avec lui au
lieu de la laisser dans la voiture]. Pour ce qui est de la sacoche, ce sera finalement Martin qui, partant en road trip lui aussi quelques jours plus tard, s'arêtera à Avila Beach récupérer la
sacoche, au snack où Damien l'avait laissé, et qui avait été récupéré par les gérants.]
Je me suis donc isolée aussi, tranquillement, jusque vers 1 heure du mat'. J'ai rencontré des français ; l'un était en train de dégoûter une nouvelle arrivée à Los Angeles, où elle devait rester
6 mois. Je suis intervenue : "Même que vous seriez en Alabama, ce serait une très bonne expérience, surtout ne vous laisser pas blaser."
Le lendemain, lundi : achat de derniers souvenirs à Venice Beach, on rend la voiture, la Poste, déjeuner mexicain pour eux, ailleurs et seule face à la plage pour moi (j'en avais marre de bouffer
mexicain). L'après-midi, nous avons pris le bus pour le downtown LA : c'était loin, moche et crade. On en a eu vite marre et Tiphaine et moi avons repris le bus dans l'autre sens.
Damien ne nous rejoindrait que plus tard. Le bus est tombé en panne (bienvenue aux states chez les rois du transport public), nous avons attendu un nouveau bus.
Puis pour notre dernière soirée toutes les trois, Rayan, notre ancienne coloc' de chambrée toujours là, voulait que nous sortions dans les bars, avec une autre résidente de l'auberge. Nous
avons fait les happy hours d'un endroit cosy et secret appelé "Chloé". Puis nous sommes rentrées dîner (Ryan a préparé du riz aux légumes) et ressorties dans un autre bar, où le serveur
ressemblait à Orlando Bloom. Bottes, petite robe, et des filles plus âgées avec moi, je n'ai eu aucun problème d'ID et je suis entrée partout. C'était une vraiment très bonne soirée, très
girly.
Damien, lui, est rentré tard du downtown.
Autant dire que j'avais le cafard de partir, le cafard de quitter les couleurs vives de l'auberge et ses visages devenus familiers, et le cafard, aussi, de quitter Tiphaine.
Mes jours d'aéroport.
Le lendemain, debout dès 6 heures du matin, j'ai pris la navette à 8h après des au-revoirs à un Damien et une Tiphaine en pyjama dans la salle du petit-déj. Je n'ai rien pu avaler.
À LAX (nom de code l'aéroport), après avoir passé la sécurité (checking drastique), je me suis autorisé le seul petit-déjeuner qui me tentait depuis la navette : un egg-mcmuffin
McDonald.
Mon premier avion est parti à 11:20 am. Comme il y avait trop de "carry-on", les agents ont décidé de checker manuellement certains bagages cabines, dont le mien. Je me suis dit : c'est bien la
peine d'avoir réussi jusque là, j'espère que tout va bien se passer... si je passe encore une nuit dans un aéroport et qu'une fois de plus, mon bagage est ironiquement dans un endroit mystérieux,
ça va pas me faire marrer.
J'ai dormi tout du long dans les avions. Celui jusqu'à Pittsburg, d'abord. Arrêt à 6:30 pm, heure locale, et jus d'orange-banane pour me requinquer. Puis jusqu'à Charlotte, où j'ai vaguement
dîné. Puis vol jusqu'à Birmingham. Nous avions, dans ce vol-là, une hôtesse de l'air très rigolote, une petite noire-américaine d'une cinquantaine d'années.
Elle a commencé son speech par "Bienvenue dans un vol à destination de Pittsburg". Gloussement des passagers. "C'était pour avoir votre attention, messieurs-dames, merci, donc maintenant,
bienvenue dans ce vol à destination de Birmingham". À la fin, on a eu "Merci de ne pas fumer... jusqu'à la fin de votre vie... ou tout du moins jusqu'à ce que vous vous trouviez dans les zones
fumeurs de ce terminal". Je n'ai pas tout en tête. Il y a eu aussi des Happy New Year avec des bénédictions et souhaits à foison.
C'était un joli personnage de fin.
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