Samedi 7 février 2009

Un simple calcul et votre début de deuxième semestre américain est éclairé :

 

- Janvier a filé vite, d'autant que ma vie tuscaloosienne a été amputée de 6 jours où j'étais encore en vacances.

- il n'y a que 28 jours en Février.

- il y a Spring Break en Mars, soit une semaine de vacances quelque part.

- Avril à assurer... et un petit début de Mai !

Ca devrait aller, donc, et l'humeur ne sera pas à la déprime, au mieux, au fatalisme cynique... C'est ma résolution de 2009.

 

[ceci dit, histoire de contre-balancer un premier paragraphe à l'humeur sombre semble-t-il, je me dis tous les matins, quand le froid sec mord et que le soleil - impuissant à réchauffer mes mains aux paires de gants dépareillées - éclaire les allées du campus, que j'adore toujours autant être plongée dans une culture anglophone, et basculer d'une langue à l'autre sans même plus m'en rendre compte. Ca, ça va me manquer]

Enfin, avec Février arrivant, il était temps de faire un petit résumé de ce deuxième semestre.

Spring semester acte 1: LES COURS.

Comme au premier semestre, 4 cours sont obligatoires, et on peut en prendre 6 maximum. J'en ai cinq :

 

-"Writing, reporting across media", qui se propose d'explorer les techniques et particularités du web journalism. Très intéressant, surtout quand on a dans la même heure conférence de presse et dix minutes pour écrire un papier dessus. Euh so, euh, I'm french, merde, ah par où je commence ?

- "The documentary form", un choix plus fun, où on regarde et on analyse des documentaires. Entre les cours d'audio et de journalisme, j'aime bien. Et puis le prof doit aimer mon accent, parce qu'une fois sur deux quand il y a un exemple à analyser, un point de vue personnel à donner genre "et vous, comment feriez-vous?" j'ai droit à "Liss-a". D'ailleurs, il prononce mon nom de la même façon qu'il dit "Listen" donc il faut constamment que je me concentre pour être sûre de ne pas me payer la honte en confondant, dans un sens ou dans l'autre "Lisa-Listen".

- "Advanced Broadcast News", censé être mon cours de télé (le plus élevé du cursus). Ouais ben on oublie, hein. C'est surtout du blabla pas intéressant. Mais avec une prof assez pertinente. Donc j'ai convenu de faire de l'extra-homework et qu'elle me corrige ensuite. Histoire de progresser, vraiment.

- Comparative Politics. Cours assez intéressant de sciences-po. Au prix du bouquin de cours (87 dollars), je n'en attendais pas moins. Les sujets du premier papier portent sur les idéologies du monde contemporain, "fin de l'histoire" de Fukuyama contre "choc des civilisations" d'Hutington. Affaire à suivre, je sens que les nuits courtes ne vont pas cesser de sitôt.

- Arabe. Ah ah ! Alors entre un prof saoudien qui parle moins bien anglais que moi, des américains de base qui, pour certains, ne comprennent pas vite, et des militaires très assidus qui se tiennent comme s'ils avaient un balai dans le cul, je peux dire que c'est assez marrant. Enfin moi, j'adore l'incongru de la situation. Et c'est la seule classe où je me caille pas, ce qui vaut son pesant de cacahuètes. A part ça, l'arabe, c'est de droite à gauche, en cursive, et toutes les lettres changent de forme suivant qu'elles sont placées en début, milieu ou fin de phrase. À l'oral, amusez-vous à écrire phonétiquement par rapport au français, quand le prof écrit la phonétique par rapport à l'anglais. Ca se mélange un peu? c'est normal... Tiens, rappelez moi d'aller prendre un café avec Faysal, mon pote koweitien, pour qu'il me fasse pratiquer mes basiques : "Ismi Lisa, ana men medinat Bayonne, fi Frantza." Etc Etc.
N'empêche que le prof prononce mon prénom "Liza" et je dois dire qu'après 5 mois de "Lisssa" ça fait du bien.

Spring semester acte 2: LES GENS.

 

Charlène partie, la question était : de quel boulet va-t-on hériter  pour la remplacer ? A défaut d'un boulet, finalement, un certain Alexandre (prénom générationnel sans aucune originalité), 23 ans, de l'école de commerce de Bordeaux. Sympa, marrant, intelligent, qui cuisine bien. Ouf.

Et, innovation 2009, un autre européen vivant à Rose Towers (on rappelle ici que les rares allemands sont cachés dans une German House quelque part sur le campus) : un italien ! Gabriele, de son prénom. Qui ressemble sensiblement, de loin, et dans l'ombre (autrement dit une ressemblance digne de celles faites par ma grand-mère adorée) à Burger dans Hair.

A part ça, toujours Rebecca, plus asociable que jamais (ne veut pas m'emmener au cinéma pour deux raisons : refus de bouger la voiture de sa bonne place de parking ; un film trop long, elle préfère le voir en vidéo, pour pouvoir couper et aller faire une pause pipi). Innovation 2009 (encore!) j'ai tenté, à sa demande, un "dîner français" pour la faire progresser. Il a fallu surmonter plusieurs difficultés :
- son très mauvais niveau de français ;elle est incapable de formuler une phrase correcte.
- préparer un dîner français avec zéro motivation et surtout, aucune envie de partager trop de pâté basque, chocolat ou fromage, qui seraient à coup sûr injustement appréciés (non je ne suis pas radine, je connais ma roommate, nuance!). Résultat : un PETIT toast au fromage de brebis avec explication de la différence qu'il existe avec le cheddar (at alors accrochez-vous sur l'ignorance américaine en la matière), des petites céréales bio améliorées avec courgette, tomate et poivrons et une grande explication faussement experte: c'est un plat méditerranéen ! Et hop! ...De toute façon, un truc préparé et sans une surdose de beurre et/ou de sucre et/ou de canelle et/ou frit, est français, si on compare avec leur bouffe.

A part ça, mes alabamiens sont toujours aussi ploucs: casquettes vissés sur coupe au bol et sweat informe pour les mecs. Shorts de sport sur leggins, avec uggs boots et sweat shirt pour les filles (mais cheveux lisses). Ah et quand il y a un tant soit peu de soleil et que les températures remontent légèrement, les tongs ou les tee-shirts manches courtes larges (plus rare, version débardeur) sont de sortie. Peu importe qu'en face (moi), ce soit encore pull en laine et grosse écharpe. C'est basique un américain: soleil= chaleur, peu importe que ce soit seulement une illusion.

Ils sont épuisants à côtoyer. Exemple. Je dis à un pote: "non, cette semaine, je vais avoir beaucoup de trucs à faire, vraiment, je ne vais pas avoir le temps de grand-chose à part bosser". Et bien allez savoir où et pourquoi, dans leur esprit, il y a une rengaine distordue et disonnante qui les anime... car toujours est-il qu'ils appellent tous les deux jours pour savoir si on a un moment de libre. Booordel mais il faut leur dire en quelle langue ?!!!???
Moralité: un américain ne comprend pas les implicites, ces "codes" de langage ou de comportement (non-réponse à la troisième tentative d'appel) qui signifient "pas la peine d'appeler". Limite ça me mettrait sur les nerfs.
Et si, en désespoir de cause, je cède et je dis "je rappelle quand j'ai fini, après 22h" et que je reçois un texto me disant "Hey" (sous-entendu: "oh t'as dit que tu rappelais, t'as pas oublié?) à 22h10, il y a comme des envies de meurtre... c'est d'autant plus déprimant que cela vient de gens souvent plus fins et intelligents que la moyenne des personnes rencontrées, meeerde tout de même.

Par lili
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