LE GOÛT DU CRICKET
MOBILE, Alabama.
C'était il y a deux semaines: Pâques, son chocolat, ses cloches... enfin non, pas ses cloches d'ailleurs, son lapin! Car en Amérique, ce ne sont pas les cloches qui apportent les oeufs, mais
Easter Bunny (traduction toute simple: lapin de Pâques). Tant qu'on y est, autant vous dire aussi que ce n'est pas la petite souris qui s'occupent des dents des enfants, ce sont des
fées. Et rappelez-vous les cours d'anglais, le coq ne fait pas cocorico mais kokeeri kedoooo, et les vaches ne font pas meuh mais un autre son, beaucoup moins drôle que notre
diphtongue si l'on en croit les américains. Aïe cette introduction ressemble à Lisa à la ferme, ce n'était pourtant pas le sujet. J'aborderai les crickets un peu plus tard. Reprenons.
Il y a deux semaines donc, c'était Pâques, nous n'avions pas cours le Vendredi Saint et Leslie et moi avons donc été, sur son invitation, passé le weekend de Pâques à Mobile, Alabama. Sur la
côte. Là où est potentiellement prévue une usine Airbus. Certainement un des plus jolis endroits de l'Alabama.
Le downtown, très southern style, ressemble un peu à la Nouvelle-Orléans, un peu à Memphis. Mobile a d'abord été fondée par des français d'ailleurs -- ce qui explique la ressemblance avec la
Nouvelle-Orléans. Je le sais parce que Mark, le papa de Jessica, nous a fait nous arrêter à toutes les plaques commémoratives indiquant le passage d'un français.
Ce fut donc un weekend tout doux, familial même! Quatuor insolite: Mark le papa, bourlingueur, qui travaille dans une compagnie marine mais je n'ai pas bien compris ce qu'il y fait exactement.
Jessica, toujours aussi douce, agréable, rigolote. Et Maggie, le chien, ou espèce de caniche à tête écrasée, plutôt mignonne et pas trop encombrante, si l'on excepte le fait que je n'aime pas les
chiens de base, qu'elle grogne dès qu'une porte bouge, et qu'il y a un risque qu'elle aille pisser sur votre lit si jamais elle s'avérait avoir qqch à vous reprocher. Mais Maggie a ses
épouvantails à elle: ce sont les balais. Chaque nuit et en cas d'absence, il faut mettre un balai devant la porte de la chambre fermée, et Maggie ne viendra pas. Ouf, rassurées.
Pour faire un résumé simple de ces trois jours : parties jeudi vers 16h dans une voiture pleine à craquer -- à croire que Jessica déménageait -- nous sommes arrivées vers 19h30 chez elle. Ce fut
"pizzas" au dîner et à la vérité, mes premières vraies pizzas américaines, avec la pâte épaisse comme j'aime ; j'étais affamée, cela était donc parfait. Leslie et moi partagions la chambre, et
avec Jessica, nous avions tout le rez-de-chaussée pour nous. Le papa est à l'étage.
Le lendemain matin, Mark nous concocte un vrai petit déjà américain: blueberry pancakes avec sirop d'érable et bacon grillés. Vu mon affection pour les breakfasts en
général, ceux sucrés-salés anglais en particulier, je dois reconnaître que la version américaine est un délice, tout simplement. Et en extérieur, dans le jardin de derrière "the
back yard" en plus. Joli matin.
Nous sommes ensuite allées à Orange Beach et Gulf Shore nous balader. Nous avons fait quelques boutiques, et ensuite nous avons marché le long des plages de sable très blanc. C'était l'Atlantique
mais de l'autre côté. Jessica nous a ensuite amenées dans un bar-resto ambiance surf "The Hang Out" (littéralement: "là où on traîne") où nous avons eu du typiquement "southern dish": cornichons
géants frits en apéro (fried pickles), et soupe et coleslaw.
Nous sommes rentrés vers 16h30 à Mobile, et après une balade dans la voisinnage pour faire prendre l'air à Maggie, nous nous sommes bus un café dans le jardin. Comme les Américains du sud dînent
TÔT, Leslie et moi nous sommes pliées aux traditions locales, et à 18h30, nous sortions dans le downtown. Mark nous a toutes invitées chez Mikael, un ami d'enfance restaurateur. Menu complet:
salade de poire, noix et bleu en entrée. Raviolis aux champignons en plat. Et alors que je refusais déjà le dessert, un cheesecake coulis de fruits rouges s'est présenté. Le problème du
cheesecake, c'est que c'est tout à fait immangeable en dessert vu que c'est aussi riche que trois déjeuners. M'enfin, à trois, nous l'avons tout de même assez bien entamé.
Et c'est dans ce petit bistrot discret, après avoir pris commande mais avant les entrées, que nous avons eu une découverte culinaire venue du Mexique (les patrons en avaient ramené de
leurs récentes vacances) pour le moins insolite en guise d'apéritif: des petites formes noires, fines et allongées... des CRIQUETS! Mark n'a même pas détesté ces protéines; Leslie n'a pas
voulu y toucher; Jessica et moi avons fait "à trois, un-deux-trois" avalés! Verdict: goût poivré et légèrement fumé... je suis prête pour Koh Lanta. J'ai mangé un criquet.
Nous nous sommes baladés dans les rues ensuite, toutes éclairées qu'elles étaient pour une "nuit artistique" avec des expositions ouvertes en nocturne (enfin gentil le nocturne, 21hOO tout
est fini!). Mark nous a ensuite ramenées, il était fatigué. Mais Jessica, Leslie et moi avons d'abord continué la soirée sous le porche, buvant un verre de vin rouge en discutant sur la
balancelle (tellement cliché la balancelle sous le porche mais tellement bien!!) puis sommes repartis en centre-ville. Nous avons repris un peu de vin en terrasse, avec John, un pote de
Tuscaloosa natif de Mobile, et son ami Daniel. Agréable soirée!
Le samedi, pas de pancakes mais qu'à cela ne tienne: Jessica part en expédition nous chercher des beignets tout chauds, dans la bonne lignée du Café du Monde de la Nouvelle-Orléans. Histoire de
commencer la journée de manière caloriquement satisfaisante, n'est-ce pas.
Nous consacrons les heures suivantes à la visite du Bellingrath Garden, un vaste jardin botanique dans un beau domaine -- anciennement la propriété privée de deux collectionneurs. Et comme dans
les légendes, pas d'héritiers, donc don à la ville et tout le monde il y en profite ! Le temps était magnifique et encore une fois, Mark nous a sorti la totale (entendu du point de vue du
portefeuille) : nous avons aussi droit à la promenade en bateau de quarante-cinq minutes, avec possibilité de nourrir les mouettes et optionnellement d'écouter le commentaire sur l'histoire du
lieu (mais c'est moins fun que de nourrir les zoizeaux, n'est-ce pas?).
Réflexion de Leslie faite quelque temps plus tard: "pourquoi dit-on bavard comme une pie? c'est plutôt bavard comme une mouette qu'il faudrait dire!"
Quand nous sommes rentrés, nous avons retrouvé nos presques-habitudes: la balade avec Maggie puis la langueur douce et printanière sur la balancelle du porche. Jessica et Mark nous ont sorti
l'apéro : vin blanc, saumon et brie sur petits crackers. Le bonheur apéritoire à l'américaine. Nous étions bien!
Bon le dîner qui a suivi a d'abord suscité une grimace chez moi: il y avait des couverts de fête, des odeurs élaborées mais... des artichauts en entrée ! Et ça non, même avec les meilleurs
efforts du monde, je ne peux pas.
C'était un mal pour un bien cependant car ce qui suivait était de taille: un petit poulet CHACUN avec asperges et carottes. Et OUI j'ai mangé les asperges, et sans grimace aucune (j'avais déjà
grillé mon joker sur l'artichaut, j'allais pas en plus faire la fine bouche sur les asperges!). C'était fin et très bon.
Pour le dessert, Jessica nous a emmenées dans une ice-cream factory. Puis dans un coffee-shop. Consommations comprises à chaque fois, je crois que mon estomac s'est détendu de façon alarmante ce
weekend-là. Puis downtown. Où ce fut toute une histoire pour guider Jessica dans la douloureuse et laborieuse tentative de faire un créneau. Mais la voiture, le trottoir, les voitures déjà
garées, les passagers et la conductrice se portent bien mesdames messieurs. Il y a donc de l'espoir pour les femmes américaines au volant. Après un verre de vin et une petite marche dans la
rue, nous sommes rentrés, Leslie ne pouvant pas entrer dans le bar où nous attendaient pourtant John et ses amis. Je crois que nous avions cependant toutes un peu la flemme de sortir.
Notre soirée entre filles était tout aussi bien.
Easter Bunny est passé le dimanche : chacune avait un panier de chocolats derrière sa porte, et même que Maggie n'avait pas encore eu le temps de venir les renifler! La spécialité petit-déjeuner
du jour fut: le gritz! Typiquement southern, même que ma coloc Courtney en fait, les rares fois où elle décide de dégueulasser la cuisine. Donc le gritz, c'est une espèce de semoule collante sans
trop de gout, avec un oeuf dedans et du parmesan. Et des "biscuits", sorte de mini-brioches au cornbread l'accompagne. Nous étions donc parés ensuite pour... la messe de Pâques. Expérience: les
gens ne s'habillent pas mieux pour un mariage, c'est certain! Les grands chapeaux, les robes colorés et les costumes étaient de sortie. Je suis sûre que Marc, en costume rayé blanc, était
très fier de se balader ainsi avec trois jeunes nanas toutes assez distinguées. Bon on passera sur l'état de mes talons et sur le fait que ni Leslie ni moi n'avions vraiment prévu qqch d'aussi
classe que la population locale ah ah. Sur la messe en elle-même, rien de très novateur, un long sermon, un joli chant d'enfants avec lâcher de papillons à la fin et une cérémonie somme toute
assez proche des offices catholiques (nous étions chez les protestants Methodists).
Nous sommes ensuite rentrés nous changer, avons chargé la voiture... Puis sommes allées passer le déjeuner chez la tante de Jessica. Il y avait toute la famille, et un grand buffet de bouffe
homemade et southern. Même que prévenue de mes addictions américaines, la tante avait fait double ration de cornbread (je suis repartie avec les restes d'ailleurs!). Les ados ont aussi caché les
oeufs dans le jardin, les petits les ont cherchés. Un des oeufs contenait un billet de cinq dollars et il était tout doré. Il fallait voir la fierté du gamin qui a déniché ledit oeuf d'or.
Quelque temps plus tard, nous partions, la pluie nous accueillant à notre retour à Tuscaloosa.
VOUS AVEZ DIT FOUTRAQUE ?
Nouvelle-Orléans, Louisiane.
C'était le weekend dernier. Récit en vrac et en bref, car ces trois jours (j'ai séché les cours du vendredi) ne me laissent pas un bon souvenir : nous étions Leslie, Loic, Alex et moi.
Voiture louée. Attentes différentes, clash des caractères, exaspérations, crispations des énergies. Ce fut pénible.
Mais quelques plaisirs: nous étions, Leslie et moi, logées chez Kathleen, la cinquantaine passée. Je l'avais rencontrée une seule fois, dans la navette de l'aéroport de Washington DC ! En contact
par mail depuis, Leslie et moi avons joué les aventurières SDF et sommes allées poser bagages chez elle pour deux nuits. Les mecs, eux, étaient chez un ami d'Alex.
Papotages de filles, petit foyer choyé, jogging du samedi matin le long du Mississippi. Un accueil parfaitement chaleureux!
La ville est toujours aussi colorée, vive et charmante. Les beignets du Café du Monde sont toujours aussi gourmands, les pâtisseries et quiches du Croissant d'Or, la boulangerie française,
toujours aussi délicieux. En nous asseyant là-bas en fin de matinée dimanche, je tique quand j'entends une mélodie singulière... le jingle d'Auchan ! Je force l'écoute, Leslie de même: ils
diffusaient Chérie FM! Incroyable.
En nous promenant dans la ville surpeuplée de partout samedi (c'était French Quarter Festival avec musique dans les rues), nous tombons par hasard sur Ian, avec qui nous étions sortis la première
fois! Heureuse coïncidence, d'autant plus quand on sait que finalement, nous n'avons pas pu nous re-rejoindre pour aller tous ensemble boire un verre.
NOTE: Impossible jusqu'à présent de mettre en ligne les petites vidéos et les autres photos... mais j'y travaille !